5 Manières de Conserver Son Identité Queer dans une Relation Perçue Comme Hétéro

Photo by Suzana Sousa on Unsplash – Couple enlacé et riant, à l’extérieur

 

Cet article a été originellement publié sur Everyday Feminism et a été traduit en français par mes soins. Merci à @DaphnePaugam pour la relecture !

C’est en quelque sorte rassurant de tenir la main d’un garçon en public.

Je suis vue comme hétéro, féminine, le « bon » genre de femme. Personne ne me harcèle, en reluquant et me disant de l’embrasser pour pouvoir regarder. Personne ne me traite de gouine ou ne menace de me « rendre » hétéro. De ce qu’iels peuvent voir, je le suis déjà.

Mais le revers de cette sécurité – aussi conditionnelle soit-elle – est l’effacement. Juste en m’apercevant avec un partenaire masculin, onze années à m’identifier comme queer sont effacées. Des années de lutte, et des années de joie aussi. À cet instant, personne ne sait ou ne se soucie que je puisse aimer plusse1 les femmes, que la majorité de mes partenaires puisse être des femmes, que je ne puisse envisager ma vie qu’autour d’autres femmes.

Je tiens la main d’un garçon, donc je suis hétéro.

Être une personne queer dans une relation lue comme hétéro par les autres peut être douloureux et invalidant, peu importe à quel point la relation en elle-même est saine et empouvoirante2. Être faussement étiqueté·e hétéro peut ramener toutes nos peurs de bébé queer que nous pensions surmontées : être « assez queer », s’inquiéter de prendre une place qui n’est pas la « nôtre ».

Je suis polyamoureuse depuis quelques années, et j’avoue que cela rend la situation beaucoup plusse1 simple à gérer parce que je sors toujours avec des personnes de genres variés. Mais je me rappelle comment étaient mes relations monogames avec des hommes, et même maintenant, l’idée d’emmener un de mes partenaires masculins – aussi merveilleux et progressifs soient-ils – dans un bar gay ou un événement queer m’est pénible. Ce n’est pas qu’ils n’y seraient pas bienvenus, mais je sais que les gens verraient une femme hétéro en me regardant.

Quand vous êtes depuis un moment avec une personne du genre soi-disant « opposé », cela peut donner la sensation qu’être queer n’a plu1 d’importance, ou que ce n’est même plu1 vraiment là. Ce sentiment est renforcé quand des gens qualifient toi ou ta relation d’ « hétéro ».

Alors comment pouvons nous conserver et célébrer nos identités queer, peu importe avec qui nous sommes ? Voici cinq suggestions qui pourraient aider.

1. Consommer des médias par et à propos de gens queers

Récemment j’ai lu Dates, un merveilleux recueil de récits historiques fictifs mettant en scène divers personnages queers et trans. Je n’ai pas du tout honte d’avouer que j’ai ouvertement sangloté presque toute la lecture de ce livre – non parce que c’était triste, mais parce que c’était tellement extraordinaire de voir des représentations de personnes qui ressemblent à mes ami·es et moi, dans toutes sortes de cultures et de périodes historiques.

Lire des livres et regarder des séries et des films ayant des personnages queers peut être un moyen efficace de rester connecté·es à nos identités et nos récits, comme la lecture de ce magnifique livre me l’a rappelé.

Même si vous n’êtes dans une des ces situations actuellement, consommer des médias incluant des personnes queers peut être un moyen de se rappeler de ce qu’on a en commun avec les autres membres de la communauté, peu importe avec qui on est en relation à ce moment là.

Malheureusement, malgré une augmentation de la visibilité et de la représentation, ce n’est pas toujours simple de trouver des médias qui mettent en scène des personnages queers de manière réaliste et profonde.

En particulier, les personnages queers féminins ont souvent une fin tragique afin de rendre ces intrigues plusse1 « acceptables » pour les audiences traditionnelles. Heureusement, des utilisateur·ices de Tumblr ont mis en place une liste de livres de romances lesbiennes avec une fin heureuse.

Les sections Télévision, Livres et Film d’Autostraddle sont aussi d’excellents endroits où trouver des médias par et à propos de femmes queers. Et l’année dernière, Colorlines a rassemblé les livres écrits par des auteur·ices racisé·es nominé·es pour les Lambda Literary Awards, qui « célèbrent la littérature par, pour, et à propos de la communauté LGBTQIA+ ».

Les médias avec des personnages queers sont aussi un excellent moyen pour en apprendre plusse1 sur les expériences queers qui diffèrent des nôtres à cause des identités intersectionnelles.

Il ne faut pas se contenter de ce qu’on sait, ou pense qu’on sait : Lisez sur les personnes queers aux orientations, genres, origines, et classes sociales différentes des vôtres.

Bien entendu, lire ou regarder des séries sur les personnes queers n’est pas seulement pour s’éduquer. C’est pour ressentir cette connection qui peut nous manquer, quand les gens autour de nous effacent notre identité queer uniquement à cause de la personne avec qui on est.

2. S’Engager Dans le Militantisme Queer

Bien avant que j’aie commencé à sortir avec la moindre femme, je savais déjà très bien que les préjugés et les discriminations nous impactent, les autres personnes queers et moi-même, peu importe avec qui nous sommes en relation. Si la réalité des biais anti-LGBTQIA+ vous enflamme autant que moi, le militantisme peut être un moyen efficace de rester en lien avec votre identité.

Votre état ou ville interdit-il la discrimination basée sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre ? Votre université propose-t-elle des cours d’histoire LGBTQIA+ et d’études queers ? Les jeunes sans-abri LGBTQIA+ de votre secteur ont-iels accès aux ressources nécessaires pour affirmer leur genre et leur sexualité et se protéger des violences queerphobes et transphobes ?

Les écoles publiques locales incluent-elles des informations sur les identités LGBTQIA+, exactes et non stigmatisantes dans leurs programmes d’éducation sexuelle ? Votre centre communautaire LGBTQIA+ local inclut-il activement et accueille-t-il les personnes bies, pans, trans, asexuelles, ou autrement ni gays ni lesbiennes ?

Il y a probablement au moins une de ces questions pour laquelle la réponse est non, ce qui signifie qu’il y a beaucoup à faire.

Bien que nous ayons obtenu l’égalité devant le mariage au niveau national, il y a encore de nombreux problèmes qui impactent la communauté LGBTQIA+ – comme la chirurgie non consentie sur les enfants intersexes et les violences envers les femmes trans raciséesque le mariage ne résout pas, et qui ont besoin d’être traités en urgence.

Si vous pensez être capables de le faire, sans vous mettre en danger, s’investir dans le militantisme LGBTQIA+ peut participer à rester connecté·e à votre propre identité tout en rendant à la communauté queer.

Quand vous êtes dans une relation vue comme hétéro par les autres, beaucoup de monde pense que vous n’êtes plu1 impacté·e par l’homophobie et la biphobie – ce qui est du bullshit.

Mais même si c’est faux, il est facile de commencer à le croire quand on l’entend assez souvent. Et le militantisme peut être un moyen de se rappeler de tout ce pour quoi nous avons encore besoin de nous battre.

3. Passer du temps dans des espaces queers

Les gens hétéros peuvent être de merveilleux·ses ami·es, allié·es, et partenaires, mais parfois c’est important de prendre du temps pour créer des liens avec d’autres queers.

Bien que la plupart des espaces queers accueillent les allié·es hétéros, il peut être bien d’envisager de laisser sa·on partenaire hétéro à la maison, même juste une fois. Cela peut apporter une expérience totalement différente.

Les espaces communautaires queers nous permettent de rencontrer des personnes qui partagent nos identités et de s’ouvrir de manières dont nous ne sommes pas toujours capables si des personnes hétéros sont présentes, ou incapables de se restreindre.

Dans mon expérience, même lea plusse1 bienveillant·e ami·e ou partenaire hétéro a occasionnellement laissé échapper un « Mais ce n’est sûrement pas si difficile » ou un « Mais tu sais on est pas tous·tes comme ça, hein ? »

Dans les espaces queers, nous n’avons pas à nous inquiéter de comment nos peurs et nos frustrations seront perçues par les personnes hétéros.

Si vous ne vivez pas dans une grande ville, ça peut être compliqué de trouver ces espaces en personne.

Rappelez-vous que les groupes et communautés en ligne comptent totalement. Internet est aussi la « vraie vie », et peut se révéler une précieuse bouée de sauvetage pour les personnes queers qui vivent dans des zones isolées ou très conservatrices.

Hélas, certaines espaces queers sont encore peu accueillants et risqués pour les personnes bisexuelles, pansexuelles, et autrement polysexuelles. La biphobie est réelle, et elle fait mal. Vous n’êtes jamais obligé·e de participer à un espace queer hostile à votre identité, et rencontrer d’autres personnes polysexuelles peut vous aider à trouver de meilleurs espaces.

Tout le monde mérite de pouvoir accéder à des espaces qui nous aident à nous affirmer, et pour les personnes en relations vues comme hétéros, ces espaces peuvent être un moyen essentiel de se recentrer sur leurs identités queers.

4. Rester en contact avec ses ami·es queers

À cause de la manière dont les relations romantiques sont centrales dans notre culture, beaucoup de personnes laissent leurs amitiés de côté lorsqu’elles s’engagent sérieusement dans une fréquentation, même si elles aiment et estiment leurs ami·es et n’avaient pas l’intention de s’éloigner.

Bien que cette dynamique impacte les gens de toutes orientations, cela peut être particulièrement néfaste pour une personne queer en relation d’apparence hétéro, encore plusse1 si sa·on partenaire est hétéro.

Iel pourrait finir par passer plusse1 de temps avec les ami·es (probablement également hétéros) de ce·tte partenaire qu’avec les sien·nes, sans doute pour éviter d’avoir l’air « hétéronormatifve » ses ami·es queers. De ce fait, c’est encore plusse1 difficile pour elleux de rester en lien avec leur propre identité.

Beaucoup d’entre nous sont anxieuxes de n’être pas « assez queer » dans nos cercles sociaux, mais en réalité, de vrai·es ami·es vous aiment et vous soutiennent sans tenir compte du genre de votre partenaire.

Soyez sûr·es de prendre du temps pour vos ami·es queers (et, vraiment, toustes vos ami·es) même lorsque vous êtes dans une relation sérieuse. Iels vous rappelleront une part de votre identité que votre partenaire ne pourrait pas, et iels seront là pour manger de la glace et/ou boire avec vous si la relation venait à se terminer.

5. En parler à sa·on partenaire – en particulier s’iel est hétéro

Nombre d’entre nous fuient les discussions de ce genre avec nos partenaires par inquiétude qu’iels se sentent coupables de nous « soustraire » de la communauté queer, ou qu’iels ne nous comprennent pas.

Mais une étape essentielle pour rester connecté·e à son identité queer est de laisser sa·on partenaire savoir que la relation nous impacte, positivement et négativement.

Que d’autres personnes effacent constamment votre identité et étiquettent votre relation (et par extension, vous-même) comme hétéro peut être douloureux, aliénant, et déroutant. Laissez votre partenaire savoir ce que cela vous fait. Laissez-lea vous soutenir.

En particulier, dites à votre partenaire si vous pensez qu’iel peut faire quoi que ce soit pour vous aider à conserver votre identité. Cela peut inclure corriger les ami·es et les proches qui identifient faussement vous ou votre relation comme « hétéro », vous encourager à participer à des événements queers, et savoir quand se mettre en retrait pour que vous puissiez être en contact avec d’autre personnes et communautés queers.

Malheureusement, au cours de votre trajet pour affirmer et célébrer votre identité, il se peut que vous rencontriez des gens – y compris d’autres personnes queers – qui insistent que votre structure relationnelle actuelle signifie que vous êtes hétéro à cet instant, ou que votre identité queer n’a d’une manière ou d’une autre plu1 d’importance.

Si cela vous arrive, je suis désolée. Vous ne méritez pas ce genre d’invalidation, en particulier de la part d’autres personnes queers.

Comme l’écrit Kayla Rosen sur Bitopia, « Être queer est une question de ressenti et d’identité, pas de statistiques de qui vous avez fréquenté ou baisé. » Même si vous n’avez jamais eu de relation que les autres ne qualifieraient pas d’hétéro, vous pouvez toujours être queer !

Alors que vous avez le droit de revendiquer publiquement une identité queer et de participer à des espaces queers, sachez que vous n’avez aucune obligation de rester dans un espace où l’on invalide votre identité (à moins bien sûr, que vous préfériez rester et les combattre sur ce point).

Pendant que notre communauté s’emploie toujours à reconnaître les complexités de l’identité et de l’attirance, il y a une abondance de personnes qui sera prête à vous accueillir et vous soutenir plutôt que de faire un concours de qui est lea plusse1 queer.

J’espère voir le jour où nous serons capables de construire une culture, au sein de laquelle les différentes identités queers sont suffisamment visibles pour que les gens arrêtent de présumer que vous êtres hétéro juste à cause de la personne dont ils vous voient tenir la main.

D’ici là, maintenir et célébrer votre identité queer lorsque vous êtes dans une relation perçue comme hétéro peut être compliqué. Mais vous n’êtes pas seul·es, et vous avez des allié·es – hétéros et queers – dans ce voyage.

: J’ai choisi d’écrire « plusse » et « plu » afin de différencier à l’écrit tels qu’ils le sont à l’oral ces deux mots aux sens opposés

2 : « Empouvoirement » est la traduction québécoise d’« empowerment », que j’ai choisie pour son sens fort et facilement compréhensible

Miri Mogilevsky est une Autrice Contributrice pour Everyday Feminism et une jeune diplômée d’un Master en Travail Social et a commencé une carrière d’assistante sociale à Colombus dans l’Ohio (Etats-Unis). Elle aime lire, écrire, et apprendre en psychologie, justice sociale et sexualité, et elle travaille ses compétences de photographie féline. Miri écrit un blog nommé Brute Reason, râle sur Tumblr, et même tweete occasionnellement sur @sondosia.

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